26-06-09
Les observatoires de santé d'Areva au Niger et au Gabon : Payer (un peu) pour polluer librement - Communiqué du 24 juin 2009
Le 19 juin dernier, Areva a annoncé la mise en œuvre d'observatoires
de la santé sur ses différents sites miniers, en particulier au Gabon
puis au Niger, en accord avec des
associations (Médecins du monde, Sherpa)
Cet accord intervient peu après l'inauguration de la gigantesque mine d'Imouraren au Niger, dont l'exploitation fait craindre des conséquences désastreuses. Conséquences déjà bien visibles autour d'autres mines que la Cogema, devenu Areva, exploitent depuis 50 ans à Arlit.
Des organisations et des autorités locales y dénoncent depuis des années les ravages sanitaires, sociaux et environnementaux causées par Areva. Car ce sont non seulement les travailleurs des mines, mais aussi les quelque 60.000 habitants de la ville d'Arlit qui sont potentiellement touchés par la pollution de l'eau et les déchets radioactifs que l'on retrouve même, à l'air libre, à proximité de l'hôpital.
Areva a donc toujours ignoré les revendications des populations réclamant des mesures pour réduire les dégâts causés par l'exploitation uranifère, à l'exception d'actions mineures (normes de sécurité pour les travailleurs des mines, récupération de matériaux contaminés utilisés par les habitants d'Arlit).
Cet accord viserait à indemniser les seuls travailleurs des mines qui en font la demande et pouvant prouver les liens entre leur maladie et leur activité ; à faire apparaître les évolutions de l'état de santé des populations locales ; à « faire des propositions pour l'amélioration de l'hygiène et de la sécurité sanitaire des sites miniers ». Mais cet accord soulève de nombreuses questions sur sa mise en œuvre :
- Areva est omniprésente dans ces observatoires. Elle est aussi l'unique pourvoyeur de fonds de ce projet. N'est-elle donc pas juge et partie ? Ces observatoires de la santé peuvent-ils donc travailler en toute indépendance ?
- Comment ces observatoires peuvent afficher leur objectif d'indemnisation et passer outre tout engagement relatif à l'information, la prévention, ou la sensibilisation des populations sur les risques sanitaires ?
- Areva peut-elle donc décider elle-même de l'indemnisation des dégâts dont elle est responsable ? N'est-ce pas le rôle d'une autorité judiciaire indépendante ?
- L'accord parle d' «impact éventuel » des activités minières alors que l'impact sanitaire et environnemental (traitement des déchets, l'emprise sur les ressources en eau …) a déjà été documenté. Faut-il attendre que des personnes soient malades pour s'en alarmer ? Pourquoi cet accord ne part-il pas du principe de précaution ?
Il apparaît donc que la mise en place de ces observatoires de la santé s'inscrive davantage dans une opération de communication destinée à redorer l'image désastreuse d'Areva qui communique massivement sur le « développement durable » et l'« énergie propre ».
Areva trompe aussi l'opinion publique en séparant la question sanitaire de la question environnementale, comme si l'une et l'autre n'étaient pas inextricablement liées. Au Niger, Areva continue donc à exploiter l'uranium sans se soucier de la pollution qu'elle engendre. Elle continue à épuiser les ressources hydriques dans une région qui en manque cruellement.
Cet accord apporte également une caution sociale à Areva, ce qui devrait faciliter l'obtention d'un financement du projet d'Imouraren par la Banque européenne d'investissement (BEI) à hauteur de 1,2 milliards d'euros. Une décision qui devrait tomber dans les prochaines semaines !
Par cet accord, Areva tente également de se dégager de sa responsabilité pénale et civile à moindre coût. Cet accord limité à la santé des seuls travailleurs des mines (et non des populations) devrait concerner, annuellement pour le Niger, entre 15 et 30 personnes.
Le Collectif : %Attac – Beyond Nuclear - Cedetim - CNT - Collectif Tchinaghen - Les Verts – NPA - Réseau Sortir du Nucléaire – Stop Marchands de Sable - Sud Energie/Solidaires - Survie - Via Campesina
Email : arevaneferapaslaloi@gmail.com
Site : http://areva.niger.free.fr
NIGER / PROJET DE REFERENDUM DE TANDJA Huit ministres démissionnent
Huit ministres nigériens, membre de la Convention démocratique et sociale (Cds), principal allié du Président Mamadou Tandja, ont présenté jeudi leur démission du gouvernement en signe de protestation contre le projet de référendum envisagé par le Chef de l’Etat, a appris Apa de bonne source à Niameye.
Le président Tandja a l’intention de
faire adopter une nouvelle constitution qui lui permettrait de se
maintenir au pouvoir, à laquelle s’opposent de plus en plus forces
vives du pays encouragées par les revers infligés par les plus hautes
instances judiciaires du Niger. « Nous avions annoncé au Premier
ministre, chef du gouvernement le retrait des ministres du Cds du
gouvernement, en raison des divergences d’appréciation entre notre
parti et le gouvernement sur le référendum constitutionnel » a affirmé
Chaibou Maman, le porte-parole de Cds.
Arrivée par deux fois successives à la troisième place
aux élections présidentielles de 1999 et 2009, le CDS a toujours
soutenu la candidature du Président Tandja,occupant également la
présidence de l’Assemblée nationale à travers son président, Elhadj
Mahamane Ousmane.
« Le Cds est fier d’avoir contribué, dix ans durant,
à la stabilité du politique, économique et sociale de notre pays »
a-t-il indiqué.
Mardi dernier, la formation a invité le Président
Tandja à mettre fin à la « cacophonie » suscitée par son projet de
référendum, l’invitant aussi à intervenir pour résorber les
« ambiguïtés persistantes » entretenues par certains propagandistes du
référendum, en dépit de l’arrêt de la Cour constitutionnelle qui le
déclare non conforme à la Constitution.
Mercredi, le Chef de l’Etat persiste et signe et le
fait savoir dans une requête adressée à la Cour Constitutionnelle pour
demander à celle-ci de constater que son arrêt « n’existe pas », selon
le mot de Mohamed Ben Omar, le porte-parole du gouvernement. « Cette
requête risque d’être déclarée irrecevable par la Cour (…) elle ne
saurait passer, le Président n’a pas ce droit » a indiqué Soli
Abdourahamane, ancien procureur général prés la Cour suprême du Niger.
Agé de 71 ans, le Président Tandja, élu en 1999 puis
réélu en novembre 2004, sous la bannière du Mnsd avec le soutien du Cds
arrivé troisième au premier tour, ne peut plus se représenter après
deux mandats successifs, selon les dispositions de la constitution du
Niger.
Mais depuis quelques temps, le Chef de l’Etat multiplie les
tentatives pour modifier la constitution et obtenir une prolongation de
son mandat présidentiel, convoquant même le collège électoral à un
référendum constitutionnel fixé au 4 août prochain.
(Apa) 26/06/09
Niger : Qui donc arrêtera Tandja ?
Rappel des
faits : logiquement, Tandja quittera le pouvoir le 22 décembre prochain
au terme de son second mandat. Mais celui-ci, sous le prétexte d’avoir
toujours des chantiers à achever, souhaitait une « légère prolongation
de 2 ans ». Certains partis, notamment ceux de l’opposition, la société
civile et l’Assemblée nationale ont fait un tir de barrage pour
manifester leur refus catégorique. Malgré tout et sans lâcher prise,
cela n’a pas empêché l’homme fort de Niamey de tenter de modifier la
Constitution après avoir dissous le Parlement le 26 mai. La Cour
constitutionnelle est entrée en jeu qui a opposé une fin de
non-recevoir à l’organisation d’un référendum. Que restait-il alors à
faire si ce n’était tenir des législatives anticipées pour remplacer
l’Assemblée dissoute ? D’ailleurs, la date du 20 août 2009 a été
retenue pour ce scrutin.
L’on se disait alors que la sagesse allait revisiter Tandja et qu’après un temps de silence, ce dernier mûrirait la réflexion et reverrait à la baisse son appétit du pouvoir d’Etat. Que nenni. En pleine tourmente et dans la confusion générale, il n’a pas trouvé mieux que de demander, à travers la radio, à la Cour constitutionnelle de reconsidérer sa position tout en réexaminant, aussi bien dans le fond que dans la forme, le recours auprès d’elle introduite au sujet de l’organisation d’un référendum.
Cette sortie médiatique vient encore confirmer que Tandja ne veut pas capituler malgré les obstacles qui se dressent devant lui. Ce que le président nigérien n’aurait pas encore compris, c’est qu’il est en train de s’enfoncer dans un gouffre, et au fil du temps l’étau se resserre autour de lui.
Tenez, la dernière en date, c’est le retrait des ministres du parti de la Convention démocratique et sociale (CDS) du gouvernement. Cette formation politique, dirigée par Mahamane Ousmane, président du Parlement dissous, était le principal allié du parti du chef de l’Etat, le MNSD-Nassara.
C’est d’ailleurs la CDS qui avait permis à Tandja de triompher aux élections présidentielles de 1999 et 2004. La décision de la CDS est un signal fort, car c’est un soutien de taille que perd l’entêté président. Si ce n’est pas l’obsession de se cramponner au fauteuil présidentiel, nous croyons très humblement qu’il ne reste plus rien à faire pour le compagnon d’armes de Moumouni Adamou Djermakoye.
Le moins que l’on puisse constater est que toutes les issues semblent être bouchées, sauf, peut-être, se faire soi-même un coup d’Etat pour ensuite imposer un Etat d’exception. Mais là encore, cela comporte tellement de risques, car ce serait faire recours à l’armée pour gérer la chose publique.
En plus, ce serait également un dangereux recul de la démocratie nigérienne, qui, il faut le dire, n’a pas besoin d’une telle extrême situation. Tandja doit tout simplement revenir à la raison et savoir que les chantiers qu’il piaffe d’envie d’achever, d’autres hommes aussi valeureux que lui peuvent les terminer .
Kader Traoré
L’Observateur Paalga

