29-08-08
NIGER: « Parfois, je pense que je suis sur le point de perdre la tête »
AGADEZ,
28 août 2008 (IRIN) - Amoumene (un nom d’emprunt), 27 ans, a fui pour
échapper aux affrontements qui faisaient rage, en novembre dernier,
dans les montagnes de l’Aïr, et se réfugier plus au sud, à Agadez,
l’une des plus grandes villes du nord du Niger.
Depuis un an
et demi, les rebelles lancent des attaques contre le gouvernement
nigérien, réclamant davantage d’investissements et une plus grande part
des profits tirés de l’exploitation de l’uranium dans ce désert
montagneux, riche en ressources.
Les affrontements ont
provoqué le déplacement de plus de 10 000 civils, qui se sont réfugiés
plus au cœur des montagnes, de l’autre côté du désert, jusqu’en Libye
ou en Algérie, ou comme Amoumene, se trouvent aujourd’hui dans
d’anciennes grandes destinations touristiques, secouées et désertées en
raison des violences qui font rage dans le désert.
« Je suis
venu ici car un homme de mon âge qui se trouverait dans les montagnes
serait soupçonné d’être un rebelle. J’aurais pu à tout moment être
arrêté ou pris pour cible par le gouvernement. Je n’ai pas pu rejoindre
les rangs des rebelles parce que je suis le fils aîné : si je meurs,
qui va s’occuper de ma famille ? ».
« J’avais un potager où je
cultivais des oignons à cinq kilomètres au sud d’Iférouane. J’ai
dépensé tout mon argent pour pouvoir planter mes oignons parce que je
prévoyais de les vendre et d’utiliser l’argent que cela me rapporterait
pour pouvoir me marier. Mais je n’ai pas pu rester en raison des
violences ».
« Pendant les combats de novembre [2007], je me
suis enfui avec un chamelier. Nous avons voyagé pendant deux jours
avant d’arriver à Agadez. Cela fait neuf mois que j’essaie de trouver
du travail. Je vais dans le centre, où les employeurs cherchent des
travailleurs, mais ils veulent tous des gens qui ont fait des études.
Moi, je ne suis jamais allé à l’école ».
« Aujourd’hui, je
suis fâché que mes parents ne m’aient jamais envoyé à l’école, mais je
sais qu’ils avaient besoin de moi à la maison pour les aider. Je ne
peux pas retourner chez moi, parce que je n’ai rien à offrir à ma
famille. Mais je ne peux pas rester ici non plus, si je n’arrive même
pas à gagner assez d’argent pour acheter du riz ? »
« Et en
tant que Touareg, je sais qu’à chaque fois qu’il y a une explosion ou
un combat, même loin d’ici, les gens me regardent avec méfiance.
Parfois, je pense que je suis sur le point de perdre la tête. Je me
réveille en ayant peur qu’une mine explose… n’importe où ».
«
Je veux juste que la paix soit rétablie. Je veux revoir mon potager et
avoir les moyens de me marier et de continuer à vivre. Je n’envisagerai
jamais d’essayer de partir loin pour trouver du travail, comme
certaines personnes, qui prennent la mer pour se réfugier en Europe.
Les nomades sont trop attachés au désert. Si je suis trop désespéré,
j’irai de l’autre côté des montagnes, en Libye ou en Algérie ».
« Mais même pour faire ça, je suis trop fatigué ».
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